Elle a compris très vite. Su très tôt. Compris que dans le tourment, les épisodes douloureux, elle devrait puiser la force d'exister. Ce qui ne détruit pas rend plus fort, a dit Friedrich Nietzsche. Maakan Tounkara est une fille forte. Une fille courageuse. Construite dans la galère, à force de labeur, d'un investissement jamais démenti. D’Epernay à l'équipe de France, le garnement a découvert un chemin semé d'embûches, de pièges et de leurres. Elle s'en est accommodée. Sans rechigner, ni s'échapper. Elle n'était pas forcément charpentée pour les grands desseins. Ses pieds abîmés l'empêchaient de combattre à armes égales. Mais elle s'est investie. S'est entêtée. Au pôle espoir de Reims, d'abord, puis à celui de Metz. Personne, alors, n'imaginait les contours de sa compétence, son aptitude pour le haut niveau. Personne, surtout, n'avait décelé son appétit, son avidité.
En Lorraine, l'adolescente pensait atteindre l'équilibre, mener grand train dans le grand monde. Sa carrière devait démarrer… Las, sur son poste d’ailière droite, deux monuments accaparaient le temps de jeu. Coincée entre Estelle Vogein et Nathalie Selambarom, elle a eu l'intelligence d'aller voir ailleurs. Au Havre, après un crochet à Saint-Cyr-sur-Mer. Le Havre et son goût pour le désordre. A peine promues, les filles de Fred Bougeant s'étaient mêlées aux hostilités en achevant leur premier exercice parmi l'élite à la quatrième place. L'état d'esprit convenait parfaitement à l'impertinente... Làbas, elle n'a eu de cesse d'exprimer ses différences. De formuler, jour après jour, son incroyable envie de réussir. Elle n'a peur de rien. De personne. Ne se laisse jamais impressionner. Sur un parquet, elle est une joueuse dure, coriace, rebelle. Un caractère, une personnalité revêche, atypique.
L'épisode suédois aurait pu avoir raison de cet acharnement. En plein cœur de l'Euro, Olivier Krumbholz l'avait, en effet, renvoyée dans ses pénates. Pas convaincu par sa production d'ensemble. Le camouflet aurait douché n'importe quelle autre aspirante. Pas elle… Elle n'a sans doute pas digéré l'incident, ne l'a pas forcément compris non plus. Mais elle a transformé la frustration en hargne, redoublé d'efforts pour convaincre le coach de sa méprise. Avec un Mondial 2007 probant, elle a regagné sa place. Toujours culottée, impudente, opiniâtre. Précieuse dans le jeu de transition, habile à la conclusion. Maligne en défense. Olivier Krumbholz a aimé son implication dans le projet. Ses élans, ses sourires. Sa bravoure. Il a aussi compris sa décision de se retirer provisoirement des planches, en juin 2009. Elle lui a expliqué son intention de donner la vie. Le projet d’une vie… Anéanti, hélas, par le destin. Ce fichu destin, capable de transformer en malheur ce qui devait être un immense bonheur. De toutes les épreuves qu’elle a connues, celle-là est surement la plus cruelle. Maakan s’est relevée, petit à petit. Est revenue au handball à l’automne 2010. Puis en équipe de France, en octobre 2011, deux ans et demi après…
Comblée par son retour, la voilà à nouveau candidate aux grandes joutes internationales. Sa présence, en elle-même, est déjà une revanche sur la vie. Ce qui ne détruit pas rend plus fort : Maakan Tounkara le prouve chaque jour.