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Angélique SPINCER n° 6 La courageuse

Angélique SPINCER

Petite, elle savait déjà. Les gymnases seraient sa cour, le handball son jeu préféré. Petite, elle vibrait aux exploits de Maxime-Luderce, père précurseur, premier Réunionnais à tenter sa chance en métropole. Gardien du temple de la Stella Saint-Maur, puis d'Asnières, l'aventurier est aujourd'hui entraîneur-adjoint du Paris Handball. Dans l'armoire aux souvenirs, le but qu'il avait osé inscrire au grand Mirko Basic figure en bonne place… La zone dans laquelle excellait le guide aurait pu être celle de ses enfants. Mais comme Christophe, son aîné, Angélique Spincer a vite été attirée par les grands espaces. Comme lui, elle a débuté à l'aile. Mais elle s'est spécialisée sur un poste taillé à sa mesure, celui de meneuse, qui met en évidence son explosivité, la puissance de son bras droit, tout autant que son altruisme.

Fleury-les-Aubrais a d'abord profité de la perle, mais c'est Issy Paris qui en jouit depuis 2006. Aux portes de la capitale, elle a rejoint la famille, et l'équilibre qui va avec. Elle a connu les moments difficiles du club, mais n'a jamais renoncé. Est restée fidèle, quitte à évoluer en deuxième division. Si les fées ont eu la gentillesse de se pencher sur son berceau, son parcours reste toutefois semé d'embûches. La belle est constamment mise à l'épreuve, et c'est un euphémisme. Son baptême du feu, en décembre 2005 à Saint-Pétersbourg, se fait déjà dans la douleur. L’année d’après, une blessure au genou aurait pu remettre en cause l'Euro suédois, celui de la résurrection des Bleues. Elle en sera finalement la meilleure buteuse tricolore. A Stockholm, sur le podium, la médaille de bronze autour du cou, les yeux remplis de larmes, « Angel » la sensible savoure. Pense sans doute à son rêve d'enfant qui, enfin, se réalise. Elle songe, aussi, à ces moments de repos dont elle a pu bénéficier grâce à la bienveillance de son club, pour arriver en forme en Scandinavie. Reconnaissante, soucieuse de ne froisser personne, elle n'oubliera pas de dire sa gratitude aux dirigeants d'Issy et au staff bleu.

Sur le chemin de la gloire, les blessures sont pour elle un prix à payer. Un tarif quasi-annuel. Elle accepte, sans trop avoir le choix. Une épaule droite amochée gâche sa préparation du Mondial 2007. On ne l’y verra pas. En sélection, on ne l’y verra plus, en fait, que par bribes. Son état physique ne lui permet jamais de figurer dans la liste des heureuses élues appelées à disputer un grand championnat. Rétablie en 2010, elle est la dernière joueuse écartée par Olivier Krumbholz avant de s’envoler pour l’Euro norvégien. Elle prendra tout de même l’avion, seule, quelques jours plus tard, pour pallier le départ de Sophie Herbrecht, blessée à l’issue du premier tour. Arrivée à Lillehammer quarante-cinq minutes avant le coup d’envoi d’un match déjà décisif contre les Pays-Bas, elle aura juste le temps d’enfiler sa tenue, de s’échauffer… pour offrir la victoire aux Bleues sur deux jets de sept mètres pleins de sang-froid, inscrits dans la dernière minute. Un moment fort. Un symbole de ce que la Francilienne d’origine réunionnaise peut apporter à ce groupe qui la considère comme une des siennes. A vingt-sept ans, Angélique Spincer mériterait, sans doute plus que tout autre en cette fin d’olympiade, de mener la France vers de nouveaux sommets.