Elle ne pouvait pas y échapper. A cette destinée précoce, toute tracée. Plus jeune, déjà, elle avait séduit les jurys lors des compétitions internationales. Sous le maillot des Bleuettes, elle s'était vue décerner par deux fois une distinction individuelle. Meilleure demi-centre du championnat d'Europe jeune et du Mondial junior. La double promesse d'un avenir flamboyant. La nature l'a gratifiée d'un don. Pas celui d'être hors normes physiquement, même si elle s’appuie sur un moteur, une endurance largement au-dessus de la moyenne. Non. Son vrai don, c’est celui d'une habileté, d'une richesse et d’une envie rares. Du plaisir, aussi, de jouer. De s'amuser. Altruiste, gentille, disponible, Allison Pineau peut, parfois, donner l'impression de badiner avec le cuir. Tant elle semble déroutante. Sa précieuse innocence, sa fraîcheur, n'ont sans doute que faire des règles qui assujettissent parfois la discipline. L'acoustique de son jeu est différente de celle entendue aux confins de la Russie. On l'imagine plus dans l'héritage d'un handball venu du Nord. Distingué, gracile. Envoûtant.
Le phénomène est jeune, très jeune quand Olivier Krumbholz fait appel à ses services au printemps 2007, pour une opposition amicale face à la Chine. Elle n’est, en réalité, pas encore majeure. La vie devant elle. Le temps pour s'accommoder du grand monde. L'apprivoiser. Au crépuscule de 2007, à 18 ans et quelques mois, elle prend part au Mondial, aux quatre coins de l’hexagone. Puis s'envole pour Pékin, et les JO, dans l'habit de la quinzième, l'habit de la remplaçante. Forcément frustrée de ne pouvoir être véritablement actrice des agapes, elle remplira son rôle sans broncher. Et comme les copines, elle pleurera assez pour inonder toute la Chine au terme du quart de finale perdu sur le fil face aux Russes. Le lutin de Chartres, passé par Aubervilliers et Villemomble, savait bien, alors, qu'il n'avait pas dit son dernier mot. Personne n'en doutait. Après trois saisons dans l'ambitieux club d'Issy-les-Moulineaux, où elle a appris à canaliser son énergie, à façonner son art, Allison a rallié les contrées de Lorraine. Histoire de franchir encore un palier. Histoire d’ouvrir son palmarès.
Son talent, sa classe et son abnégation en ont fait la patronne du jeu d’attaque tricolore. La seule véritable demi-centre de formation. Et, comme si cela ne suffisait pas, elle est aussi indispensable de l’autre côté du terrain. Apporte tout son volume au centre de la défense aplatie. Harcèle son vis-à-vis, en position avancée, sur des systèmes plus osés. Et dire qu’elle n’a que vingt-deux ans ! Orfèvre du vertigineux parcours argenté des Bleues en Chine, en décembre 2009, elle a été désignée meilleure joueuse du monde cette année-là, par la Fédération internationale sur la base d’un vote du public. Depuis le début, il était écrit qu’elle recevrait cette distinction un jour. Mais pas celui-là. Pas aussi tôt, alors que son palmarès était encore vierge. Surprise, elle a dit vouloir prendre cette récompense comme un encouragement. Mais elle a souffert des réactions du milieu. Elle a mis du temps à encaisser ce cadeau empoisonné. Au final, il l’a sans doute aidée. Endurcie. Car depuis, sa progression est bien visible. Linéaire. Seulement interrompue par cette dramatique blessure au genou lors de la demi-finale du Mondial 2011 au Brésil face aux Danoises. « Bingo » s'est battue pour revenir à temps à Londres. Elle aurait aimé y glaner une médaille. Pas cette fois. Désormais pensionnaire du club roumain de Valcea, elle continue de grandir. D'affiner son jeu déjà étoffé. Une chose est désormais certaine. La prochaine fois qu’elle sera distinguée meilleure joueuse du monde, plus personne ne trouvera matière à redire. Car il y aura une prochaine fois. C’est écrit.