Il lui a fallu composer. Grandir dans l'ombre d'une des plus grandes. Investir une zone de solitude chargée de souvenirs, des exploits de son illustre aînée. Amandine ne s'est jamais défilée. S'est imprégnée de la proximité de Valérie Nicolas pour apprendre. N'a jamais renoncé. Certainement pas après cette vilaine entorse du genou, à peine débarquée à Metz. Pas même en 2006 quand Linda Pradel lui a été préférée par Olivier Krumbholz pour prendre part à l'Euro suédois. Il n'était peut-être pas temps, encore, de s'exposer. Bien que, du côté de la Lorraine, il se murmurait déjà le plus grand bien de cette jeune femme douce et discrète. Ses réflexes, sa tranquillité forçaient l'admiration. Alors quand l'heure fut venue pour l'Ardéchoise de se révéler aux yeux du monde, elle n'a pas manqué le rendez-vous. Doublure d'exception de Valérie Nicolas pendant le Mondial 2007 en France, Amandine Leynaud achèvera d'éblouir son monde dans le Parnasse nîmois, à l'occasion d'un tournoi de qualification aux JO rondement mené par les siennes.
Puis est venu le jour de la passation de pouvoir, au terme des Jeux de Pékin en 2008. Rien d'officiel. Juste une certitude. Valérie Nicolas pouvait s'en aller l'esprit tranquille. La petite d'Aubenas garderait fermement les portes de la maison bleue. Fillette, les images de la finale France-Norvège de 1999 plein les yeux, elle avait émis le souhait, un peu fou, d'évoluer un jour dans le même jardin que les deux gardiennes de ce match d'exception, Nicolas la Française, et Leganger la Norvégienne. Le rêve a pris forme. Amandine Leynaud a tracé sa route, dessiné les courbes de ce rêve d'enfant. S'est forgée son propre style. Sans exubérance aucune. Pas feutrés, démarche aérienne, toute en délicatesse. On la surprend parfois, plus que par le passé, à lever des points rageurs. A défier du regard les assaillantes. Ses adversaires la craignent. Redoutent ses prouesses. Elles ont raison.
A Metz, elle était jusqu'à l'été 2012, l'une des clés de voûte des succès lorrains. Un atout de taille. Elle vit au présent, s'investit dans sa mission. Scrute, encore et encore, les vidéos des artilleuses adverses. Se taille un palmarès, tant en club qu’en sélection. Sa discrétion côté jardin ne nuit absolument pas à son efficacité côté cour. « Doudou » a acquis depuis plusieurs années déjà les deux attributs majeurs des grandes gardiennes internationales : la régularité et la capacité à répondre présent les jours où se nouent les destins. Son talent impressionne. Sa personnalité séduit. Contactée depuis plusieurs années par les grandes formations de l'étranger, elle a fini par répondre positivement au club roumain de Valcea. L'un des plus majestueux. Elle aurait dû prendre part à la course vers la Ligue des Champions, découvrir une autre culture, un autre monde. Mais une grave blessure au genou l'éloigne pour l'heure des parquets. Au moins jusqu'au printemps. L'épreuve, Amandine la surmontera. Elle l'a déjà fait. Et si l'équipe de France bataille sans une de ses principales forces à l'Euro serbe, nul doute que la portière des Bleues les rejoindra pour les prochaines échéances.