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Alexandra LACRABERE n° 64 L'épanouie

Alexandra LACRABERE

Elle a longtemps été maudite. Elle n’était peut-être même pas faite pour arriver jusque-là. Au départ, rien ne prédestinait Alexandra Lacrabère à devenir internationale. Sa trajectoire n'a rien de l'itinéraire classique. Les portes des sélections jeunes, insensibles à son talent, se sont refermées devant elle. Les équipes de France jeune et junior l'ont régulièrement délaissée. Mais elle n’a pas traîné pour prendre sa revanche. Le 12 décembre 2006, lors de l'Euro en Suède, la jeune gauchère affirme l'étendue de ses qualités face à la Russie. A 19 ans, elle en profite pour récolter une médaille de bronze européenne. Elle vient de semer de belles promesses. Son parcours ne s’est pas simplifié pour autant.

L’année suivante, une opération à l’épaule la prive du championnat du Monde organisé en France. Chez elle, dans le Béarn. Celle qui porte aujourd’hui sur son maillot le numéro 64, département des Pyrénées-Atlantiques, passe à côté du privilège d’évoluer devant ce public de feu, à Pau, lors du premier tour. C'est peu de dire que sa déception est grande. Celle de la région Aquitaine l'est tout autant. Mais à l'image de la ville de Bordes, où elle a évolué de 2002 à 2006, tout le territoire connaît cette demoiselle attendrissante, ambitieuse et prometteuse. Personne n'ignore son potentiel, son bras gauche à faire frémir, son engagement sans faille. Il faut dire qu’elle a fait des premiers pas remarqués dans l’élite, avec Bègles en 2006, en terminant parmi les meilleures marqueuses de la saison.

D’ordinaire réservée, parfois même intimidée, « Alex » n’en est pas moins animée par une redoutable force intérieure. Renoncer n’est pas le genre de la maison. Elle persévère. Est d’abord récompensée par une sélection aux Jeux Olympiques de Pékin. Avant de devoir, une nouvelle fois, déclarer forfait pour un Mondial, en 2009, cette fois à cause d’une entorse à la cheville. Mais l'adversité et les désillusions forgent son esprit. La Béarnaise a les nerfs solides. Et à force de ne rien lâcher, de bosser, elle prend une nouvelle dimension. D’abord en club, avec l’Arvor 29, qu’elle a rejoint en 2010 après deux saisons à Bera Bera (Espagne) et Toulouse. Et puis en équipe de France.

Alexandra Lacrabère est aujourd’hui une joueuse décomplexée. Aguerrie. Enfin épanouie. Sa régularité ces dernières saisons lui ont fait passer un cap, celui de la maturité. Elle a considérablement progressé en défense, un secteur cher à Olivier Krumbholz qui n’hésite plus à l’aligner dans cette moitié de terrain. Sa confiance en elle transparaît dans son jeu. Elle ose. Elle prend des initiatives. Elle est même devenue un recours très convaincant sur le poste de demi-centre, elle la gauchère. Le sélectionneur français, qui a pendant de longues années cherché une gauchère de grande valeur sur la base arrière, peut se permettre aujourd’hui d’en faire évoluer deux en même temps… Au printemps, elle a remporté un titre de championne de France avec l'Arvor29. Sacre national dont elle a été une des plus grandes artisanes. Après des JO d'où, comme ses copines bleues, elle est revenue l'âme en peine, Lacrabère a choisi de nouveau l'aventure à l'étranger. Dans un lieu qu'aucune française n'avait foulé avant elle. La Russie et son étoile rouge du Zvenigorod avec qui elle caressait l'espoir de réaliser un de ses rêves : remporter la Ligue des Champions. L'escapade ne lui aura pas apporter tout ce qu'elle en attendait. Mais nul doute que la gauchère se sera encore un peu plus forgé un caractère déjà bien trempé. Bien dans sa tête, posée dans son jeu, Lacrabère a longtemps traduit sa présence en bleu comme un luxe. Désormais, c’est elle qui est un luxe pour le collectif tricolore.