Alors, des larmes coulèrent sur son doux visage. C’était le mercredi 7 décembre 2005, dans la patinoire du Yubileyny Sports Palace de Saint-Pétersbourg, une enceinte sans âme reconvertie en terrain de handball pour les besoins du premier championnat du Monde organisé dans une seule et même ville. Cameroun – France. Moment solennel, presque irréel. Les hymnes sont joués. Celui du Cameroun, puis celui de la France. Nina Kanto semble ailleurs. A quoi pense-t-elle ? A ce pays d'Afrique qui l'a vue naître et qu'elle a quitté si petite avec sa mère, son frère et ses deux sœurs pour Noisy-le-Grand ? A ces jours de vacances qu'elle passe parfois là-bas, trop rarement d'ailleurs ? A ceux, si particuliers, de l'été précédent ? Parce qu'elle connaissait depuis longtemps ses adversaires du premier tour de ce Mondial, parce qu'elle savait, déjà, que ce 7 décembre ne serait pas un jour comme les autres, elle était allée consulter le chef de son village. Un temps convaincue de l'impossibilité de jouer ce match tant il était chargé d'émotions, elle avait estimé nécessaire de demander clairement l'autorisation d'affronter ses sœurs. Le chef avait donné sa bénédiction. Elle avait alors fait le boulot. Plutôt bien d'ailleurs. Brassard autour du bras, elle avait été la meilleure marqueuse française. Tant pis pour les Camerounaises, battues 33-17. A l'issue du match, on avait bien du mal à savoir qui consolait qui.
Elle est comme ça, Nina Kanto. Sensible, fière de ses racines, lionne indomptable dès les premières minutes de l'explication. Elle-même avoue que son principal défaut pourrait bien être la fainéantise. Mais sur le terrain, la demoiselle est toujours ponctuelle. Infatigable combattante. C'est sans doute en banlieue, entre un frère footballeur et des sœurs athlètes, qu'elle s'est endurcie et forgée un caractère. Sous l'œil de maman, qui a veillé à ce que la petite famille reste sur le droit chemin. Au club de hand local, ses qualités l'ont propulsée très vite en Nationale 1. Un temps, elle a pensé que l'attaque était la seule moitié de terrain où l'on pouvait s'éclater. Elle s'est vite rendue compte qu'on pouvait aussi prendre du plaisir en défense. Qu’elle-même en prenait énormément. Et puisque c’est une battante dans l’âme, elle s’est finalement fixée comme pivot. Noisy a révélé le joyau. Metz a fait tout le reste, au contact notamment d'Isabelle Wendling.
Fer de lance de la nouvelle génération bleue, pilier du collectif messin où elle ne cesse d’empiler les titres, Nina Kanto est une patronne. Elle a côtoyé puis succédé aux pionnières du handball féminin français. Elle est restée en Lorraine quand les autres cadres (Leynaud, Mendy, Pineau) ont choisi de goûter à l'exil de l'étranger. Elle sait le prix du sacrifice. Alors, quand elle annonce qu'elle va donner naissance à un enfant, elle ne manque pas de rassurer son monde en promettant de revenir. Noa est né, en février 2010. Nina est revenue, dès la reprise de la saison en septembre. Déjà dans le rythme. Déjà précieuse. Indispensable. Son fils a bouleversé sa vie. Elle est pourtant restée la même sur les planches. Avec la séparation en Norvège en 2010 pour aller chercher une cinquième place essentielle sur la route de Londres. A croqué l'Argent au Brésil et l'amertume des Jeux face au Monténégro. Mais elle est toujours prête à descendre dans l’arène. Prête à se dépenser sans compter. Prête à aller décrocher pour oublier la distance et les désillusions. Prête à servir, encore et encore, l'équipe de France.