La comparaison est tentante. Ce n’est pas la première fois, en équipe de France féminine, qu’on voit un petit gabarit à la queue de cheval blonde se débattre au milieu des montagnes défensives adverses, ou filer droit devant en contre-attaque, balle en main, les yeux rivés sur le filet d’en face. Mais l’ombre de Véronique Pecqueux-Rolland n’a rien d’envahissante. La comparaison s’arrête-là, à vrai dire. Plus menue, plus introvertie que sa prédécesseur, Julie Goiorani n’est pas encore un leader. Très mobile, elle est en fait arrivée sur le poste de pivot par accident. C’est en tant qu’arrière gauche qu’elle a débarqué en équipe de France jeune. Pierre Mangin, l’entraîneur national, doit encore se souvenir de la remarque qu’il avait pris l’habitude d’écrire dans ses rapports de stage au sujet de la Nîmoise : « doit s’orienter vers le poste de pivot si elle continue à ne pas prendre ses responsabilités sur les tirs de loin ». Julie ne tirait que depuis la ligne des six mètres. Quoi de plus logique qu’elle ait fini par s’y installer !
L’enfant de Ganges, dans l’Hérault, est un pur produit de la formation française pour ce qui est du handball, et une parfaite illustration du Sud de la France pour ce qui est de la personnalité. Elle a découvert le jeu à sept au collège, en cinquième, après avoir fait ses classes dans la danse depuis l’âge de quatre ans. Rapidement détectée par le pôle et le club de Nîmes, où elle a tout appris dans un environnement convivial, elle goûte à la première division à dix-sept ans. Dans le milieu du handball national, on commence dès lors à reconnaître son joli minois. A repérer son accent chantant qui sent si bon le soleil. A se laisser gagner par son rire, tellement communicatif. « Ju » ou « Goïo » est une sudiste assumée, revendiquée. Fière de ses racines. Toujours partante pour une féria. Une fille entière, franche, sérieuse et bosseuse. Une fille qui sait ce qu’elle veut, et qui s’en donne les moyens. Avec la combativité et le gros caractère têtu qui vont avec, sur et en dehors du terrain. Quand elle a décidé quelque chose, elle fonce.
A 24 ans, son histoire avec les Bleues s’est écrite en pointillés jusqu’à présent. Elle était du voyage en Macédoine lors de l’Euro 2008, mais s’est ensuite blessée gravement au genou (rupture des ligaments croisés). Au plus mauvais moment. Le train est passé, Amélie Goudjo ayant émergé dans le groupe France entre-temps. Sa blessure lui a fait prendre conscience de la rapidité d’une carrière à haut niveau et a pesé lourd dans sa décision de s’exiler au Danemark, à Aalborg, à l’été 2010. Dans le championnat le plus relevé du monde, elle s’est responsabilisée. Elle a beaucoup muri, loin de ses attaches et de son cadre habituel. Elle a appris à se connaître. Elle a réalisé, aussi, que les difficultés pour communiquer ont rendu son expérience au Danemark peu épanouissante. Alors elle est revenue illuminer le championnat de France avec l’Arvor. Y a remporté une Coupe de la Ligue et un titre de championne de France avant de rejoindre Toulon Saint-Cyr, de se rapprocher, à nouveau de son Sud. Ses deux années flamboyantes en Bretagne lui ont rouvert les portes de l’équipe nationale. Elle est du voyage en Serbie en décembre 2012. Le deuxième train bleu l’a attendue et va l'amener à former, avec Nina Kanto, un binôme solide sur le poste de pivot.