Un « diamant non poli », a dit d'elle Olivier Krumbholz. Lorsque le sélectionneur de l'équipe de France a déniché Audrey Deroin le 13 octobre 2008, date de sa première sélection sous le maillot bleu (contre la Hongrie à la World Cup), il savait qu'il touchait là une perle rare. Un talent naturel qui réclamait espace et liberté pour éclore. A vingt-deux ans, la native de Chatenay-Malabry, en région parisienne, a encore besoin d’exprimer pleinement sa spontanéité pour se sublimer. Lorsqu’elle est en confiance, totalement relâchée, les défenses adverses peuvent s'affoler. Tonicité, puissance de tir, opportunisme, détente monumentale, vitesse de bras saisissante : par ses initiatives, la gauchère est en mesure de surprendre son monde là où il ne l'attend pas. Et de laisser le spectateur bouche bée.
« Darwin », son surnom, est une joueuse aussi prometteuse qu'imprévisible, à la personnalité pleine d’exubérance. Impossible de s’ennuyer avec celle qui sait parfaitement ce que signifie mettre l’ambiance… Reste à canaliser cette énergie débordante pour la mettre au service de son talent. C’est tout le sens du travail d’Olivier Krumbholz, qui a compris d’entrée que la rigueur était le chaînon manquant dans le jeu de la Francilienne. Lui comme Thierry Vincent, à Toulon, s’attèlent à chapeauter cet électron libre afin qu’elle puisse exprimer au mieux sa fraîcheur et son tempérament. Audrey a bien conscience qu’il lui faut acquérir une certaine stabilité, une régularité dans les performances. Dans le Var, depuis 2010, comme lors de sa précédente saison, à Mios, elle y travaille au quotidien. C’est d’ailleurs elle qui a décidé d’insuffler un nouvel élan à sa jeune carrière, en quittant après cinq saisons son berceau d'Issy-les-Moulineaux, suite à sa rétrogradation financière en D2.
La bouillante Audrey Deroin semblait alors installée à l’aile droite. Un poste qu’elle n’a pas toujours goûté, mais pour lequel elle a d’évidentes prédispositions. Le feu follet est en quête de sagesse. Mais Darwin restera toujours Darwin. Chassez le naturel, il revient au galop… Sa sincérité, sa franchise, son caractère attachant, ouvert et diablement sympathique, n’ont pas fini d’éclabousser les parquets internationaux. Ce fût le cas au Brésil à l'hiver 2011. Avant ses premiers ébats olympiques à Londres. L’histoire est en marche et si Olivier Krumbholz a décidé, pour un temps, de lui préférer Blandine Dancette et Katty Piejos, le joyau brut, une fois ciselé, brillera un jour de mille feux. Personne n’en doute.