Longtemps, elle s'est demandé ce qu'elle faisait là. Longtemps, elle a douté de sa légitimité à revêtir ce maillot, à défendre ses vertus. Jusqu’à cette soirée de décembre 2009, dans un vestiaire de Chine, à la mi-temps d’un match à quitte ou double face aux Suédoises. L’équipe de France glisse dangereusement vers une élimination au premier tour du Mondial. Siraba et sa rage de vaincre ne peuvent en supporter l’idée. Celle qui s’était jusque-là rarement exprimée entre alors dans un état second. Sonne la révolte. Réveille les ardeurs de ses copines, qui finissent par l’emporter… et débouler jusqu’en finale. La petite du HBC Vallée d'Avre a beaucoup grandi ce soir-là. Elle est, depuis, un cadre du jeu tricolore. Un joyau indispensable. Une valeur sure, régulière dans la performance. Son destin est désormais tracé. Sa place dans le groupe définitivement pertinente. Qu'elle le veuille ou non. Qu'elle y croit ou pas.
La belle de Saint-Lubin des Joncherets n'est plus cette gamine torturée, insouciante et rêveuse, cette apprentie insatiable qui n'envisageait le salut qu'au travers d'un engagement sans faille ni fard. Il suffit de l’observer quelques secondes pour voir à quel point elle est épanouie. Le fruit d’un parcours qui l’a emmenée de Dreux à Toulon Saint-Cyr, en passant par Mérignac et Issy-les-Moulineaux. Sous le soleil varois, où elle est devenue championne de France en 2010 et a remporté la Coupe de France en 2011 puis en 2012, elle est à nouveau couvée par Thierry Vincent, son accompagnateur des années girondines. Elle y est très à son aise, dans la vie comme sur le parquet. Toujours aussi athlétique, déterminée, appliquée. Comme en équipe de France, où elle partage son temps de jeu avec Paule Baudouin sur le coin gauche du rectangle. Les deux forment une paire capable de toutes les extravagances. Un duo expérimenté, puisque fidèle au poste depuis la médaille de bronze glanée à l’Euro 2006.
Siraba Dembélé est une princesse au charme indéfinissable, une panthère capable de se faire oublier dans son espace réduit avant de bondir. Capable d'attendrir, puis de griffer. On la voit régulièrement venir bomber le torse sur la base arrière, flairer le moindre intervalle, s'y engouffrer avec majesté. Elle sait aussi donner dans la rigueur, à l’autre bout du terrain : impossible de la surprendre en duel, d'oser imaginer la blouser, d'envisager de tromper sa vigilance. Elle se bonifie avec le temps, sans doute parce que la nature lui a donné un pouvoir de détachement suffisant, lui permettant d'appréhender les événements sans sombrer dans l'amertume ni le découragement. Après trois délicieuses saisons à Toulon Saint-Cyr, elle a choisi - comme une évidence - d'aller goûter à autre chose. Et c'est au Danemark, à Randers, que "Sira" a posé ses valises. Avec son nouveau maillot, elle s'est qualifiée pour le tour principal de la Ligue des Champions et n'a pas déçu les attentes placées en elle par son nouveau club. Elle sait les bienfaits de la stabilité, les vertus du travail. Ne confond jamais orgueil et assurance. Elle avance avec aisance et audace, avec juste cette pointe d'insolence qui dessine les grands destins. Le sien se conjugue au futur et au pluriel. A l'étranger et en équipe de France.