Elle sait ce qu'elle veut, mais ça ne l'obsède pas. Elle a toujours su ce qu'elle voulait. Se surpasser. Convaincre. Peut-être même séduire. Avec ses charmes et ses atouts. Avec toute sa spontanéité. Cléopâtre Darleux a très tôt intégré le fait qu'elle ne serait pas grand-chose sans l'investissement proportionné. Sans efforts. Rien ne la prédestinait à ce rôle de technicienne de surface. Elle était même plutôt ciselée pour la largeur du rectangle. Pas forcément plus physique qu'une autre. Peut-être un peu gauche. On dit qu'elle savait alors à peine courir, à peine mettre un pied devant l'autre... Mais elle avait cette force intérieure. Elle avait compris bien avant ses semblables que le travail, la prise de risques seraient ses compagnons de chaque minute. Marie-Christine Colignon, la « Balou » de ses premiers pas alsaciens, puis, plus tard à Paris Philippe Médard, le grand « Mémé », ont trouvé les mots, appris les gestes pour la confronter à la réalité.
La réalité, c'est que la demoiselle est pertinente dans ce rôle taillé à sa mesure. Qu'elle y excelle parce que le chemin emprunté est naturel. La pépite au joli minois ne déborde pourtant pas de confiance en elle, hésite encore parfois à mordre l'obstacle. Mais dès qu'elle a pris l'élan, elle avale la difficulté sans le moindre complexe. L'apprivoise avec une facilité quelque peu déconcertante. Euro à dix-neuf ans, Mondial à vingt. Kingersheim pour se chauffer, Besançon pour prospérer, Issy-les-Moulineaux pour se déployer, Metz pour s'affirmer, et aujourd’hui Arvor pour s’envoler…
Le sacrifice ne l'effraie pas. La difficulté l'électrise. Avant de souhaiter voler de ses propres ailes en Bretagne, elle s’est, d’entrée, accaparée l’espace lorsqu’elle a débarqué en Lorraine. Comme Amandine Leynaud, sa complice messine d’alors, elle a cette capacité à capter la lumière. A attirer les regards. A enjôler. Et ce n’est pas ses encombrantes lunettes, qu’elle doit porter depuis qu’elle a failli perdre un œil après un abcès de la cornée à l’été 2011, qui y changeront quoi que ce soit. Les deux gardiennes du temple forment désormais un binôme incontournable en équipe de France. Un duo qui se complète et qui n'est évidemment pas étranger à l'argent décroché au Mondial chinois de décembre 2009ni à celui de Sao Paulo en 2011.
De « Cléo », on loue sa dextérité dans le duel, la pureté de sa relance. On aime aussi sa capacité à partager sa passion, à dire l'unité de ce groupe dans lequel elle est maintenant épanouie. Encore une mission qu'elle craignait de ne savoir assumer. C'est une autre qu'elle se voit confier à l'hiver 2012 alors qu'Amandine Leynaud (genou) doit observer plusieurs mois de convalescence. Désormais exilée à Viborg au Danemark après avoir remporté un nouveau titre de championne de France sous les couleurs de l'Arvor, Cléo retrouve peu à peu ses repères. Ceux nécessaires pour qu'elle exprime un talent que personne n'ignore. Oui, Cléopâtre Darleux est une chic fille. Résolue à avancer. Résolue à exceller.