Elle a brûlé toutes les étapes. A commencé tard, est arrivée tôt. Elle a sauté la case junior, a intégré l’équipe de France A avant d’avoir réellement fait ses preuves sur les parquets de LFH. L’ascension d’Audrey Bruneau a été aussi rapide que la vitesse d’un ballon catapulté par sa main droite en direction des filets adverses. Un éclair. La Francilienne est un pari sur l’avenir. Prête à jouer les grands rôles, elle ne l’est pas encore. Mais depuis septembre 2010 et sa première apparition avec le groupe tricolore, lors de la World Cup au Danemark où elle avait fêté ses 18 ans sans jouer, elle est en formation accélérée, chapeautée par celui qui lui inspirait une certaine crainte sur son écran de télévision, Olivier Krumbholz, et son adjoint Eric Baradat.
La gamine d’Epinay-sur-Seine a découvert le handball au collège, grâce aux rencontres scolaires du mercredi après-midi. Après avoir goûté à l’athlétisme et au basket, c’est au jeu à sept qu’elle prend le plus de plaisir. Elle n’a que treize ans, mais en aime déjà l’ambiance, le jeu et l’esprit de solidarité. Au club de Villemomble et au pôle de Chatenay-Malabry, on inculque les savoir-faire à cette apprentie douée et dotée d’un physique extraordinaire. Il est rare qu’une joueuse aussi grande soit aussi rapide sur ses appuis. Ses qualités de débordement sont éloquentes. Et quand elle saute pour mitrailler à distancer, il n’y a plus personne pour réussir à la contrer… Ces atouts lui ont immédiatement conféré l’étiquette d’ « énorme potentiel » de la discipline, avec toutes les difficultés psychologiques que cela représente pour une adolescente si attendue, si observée. Audrey Bruneau n’a que six années de pratique derrière elle. Coéquipière de Mariama Signaté à Issy Paris, elle n’est pas encore titulaire en club. Elle sait qu’il lui reste un long chemin à parcourir, à travailler ses courses, ses gestes techniques, sa solidité défensive, son approche intellectuelle du jeu.
Tout est allé si vite que le phénomène n’a pas encore manifesté pleinement l’envie de mettre le handball au centre de sa vie. Elles aussi intégrées très tôt à l’équipe de France, Allison Pineau et Claudine Mendy n’attendaient que cela. Audrey n’est, elle, pas aussi précoce. Elle se dit encore surprise d’être là. Elle écoute les multiples conseils qu’on lui donne, mais reste très discrète, réservée. Douce, humble, gentille, elle adore rigoler. Il n’y a pas une once de méchanceté en elle. L’agressivité n’est pas naturelle dans son jeu. Il faut la pousser pour qu’elle aille se faire mal. Le staff tricolore l’accompagne depuis un an, et reste convaincu qu’elle peut être la grande arrière gauche de demain, même si cela doit prendre un peu plus de temps. Le temps qu’elle apprenne à davantage se faire violence. Le temps qu’elle murisse. Le temps qu’elle gagne en régularité. Personne ne doute qu’elle sera alors irrésistible.